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 Discours : De la résistance à la réconciliation franco-allemande, 19 septembre 1954.
        Posted by benoit on 24/11/2002 14:40:23 (715 reads)
De toutes les commémorations, qu'offre au pays une histoire chargée de sacrifices et de gloires, je n'en trouve point, pour ma part, d'une plus haute valeur spirituelle que celle qui nous rassemble aujourd'hui. C'est pourquoi, j'ai voulu que la première manifestation publique où je prends la parole, depuis que la confiance de l'Assemblée nationale m'a appelé à la direction du gouvernement, fût celle-ci consacrée au souvenir des combats menés par le maquis, maquis de la Nièvre en premier lieu, mais aussi maquis de l'Yonne et de l'Aube qui y furent étroitement associés, maquis de toute la France, maquis de la Résistance entière prise sous sa forme la plus active, la plus glorieuse et, hélas, la plus sanglante.
Des combats menés par la Résistance, jamais on ne pourra mesurer exactement, et dans toute son étendue, la contribution qu'ils ont apportée à la lutte comme à la victoire des armes alliées. On sait que telle unité allemande a été arrêtée dans son mouvement, alors que son renfort était attendu sur le front de débarquement ; on connaît les difficultés que telle autre a rencontrées pour se forcer un passage difficile ; on n'oubliera pas des exploits comme la Libération de Nevers et la capture d'une division ennemie en ce rude et fiers pays du Morvan. Mais quelle comptabilité de l'histoire additionnera les mille coups d'épingles portés chaque jour à la puissante Wehrmacht, le résultat de chacune des embuscades inlassablement tendues au détour de chaque route, les sabotages quotidiens, l'assaut des dépôts de matériel ; le désordre provoqué par les communications interrompues ?
Oui, comment mesurer l'effet moral produit chez l'adversaire par cette menace omniprésente, cette lutte perpétuelle, qui lui retiraient tout repos et toute sécurité dans les zones cependant fort éloignées des principaux fronts de combat ?
Mais on sous-estimerait encore la Résistance en mesurant son importance par l'efficacité pratique de son apport à la lutte commune des forces alliées. Ce grand mouvement a dépassé son objet. Plus que le résultat de ces combats, il a apporté au pays l'âme de ces combats mêmes, c'est-à-dire le courage et l'espérance ; au-delà de ses conséquences militaires, il a eu pour effet de faire resurgir la Nation de sa défaite, unie, résolue, farouche même dans son défit à l'oppression, retrouvant spontanément dans son élan populaire une continuité si nette avec sa plus grande tradition que l'on croyait voir passer, dans leur dénûment superbe, les volontaires de la Convention et qu'aux lèvres des maquisards, les strophes de la Marseillaise, les strophes de Sambre-et-Meuse reprenaient par un anachronisme étrange, leur acceptation la plus littérale, la plus aiguë et la plus puissante à la fois.
En vérité, cet immense sursaut patriotique était nécessaire pour que le pays fût sauvé. Le destin de la France ne pouvait dépendre de la seule action de ses alliés et il n'aurait pas suffi de recouvrer nos frontières par leur seule générosité. Pour survivre à son rang, pour son honneur, pour son audience à l'extérieur, pour sa confiance en elle-même, il fallait cet héroïsme, il fallait ces morts, hélas ! et ces martyrs, preuve et exemple de notre foi commune. (...)

Dix années se sont écoulées : loin de moi la pensée de les considérer comme dix années perdues. Ce fut une grande et lourde tâche que de relever nos ruines. Pourtant, durant cette période, bien des problèmes n'ont pas été résolus, et se sont, de ce fait, aggravés, des hypothèses se sont accumulées dont le poids pesait chaque jour davantage. Le moment est venu où il devenait nécessaire de faire face à la fois à toutes les échéances, jusque-là ajournées. (...)

Il faudrait traiter à la fois de tous les aspects du redressement national, car ils s'enchaînent et se conditionnent mutuellement. Je ne veux parler aujourd'hui, en ces circonstances qui nous invitent à nous recueillir sur le sacrifices naguère consentis pour la liberté et pour la patrie, que des problèmes qui concernent directement la sécurité et la paix. A cet égard, nous avons été engagés durant plusieurs années dans une direction qui a conduit à une impasse. D'année en année, nous avons demandé à nos alliés de patienter, nous leur avons promis une ratification de la C.E.D. toujours prochaine et toujours différée, nous avons accumulé ainsi dans leur patience les motifs d'une déception dont nous ne pouvons, au terme, manquer de ressentir les effets. Il fallait, à tout prix, en finir avec les hésitations. Comme la C.E.D., sous la forme dans laquelle elle se présentait, divisait profondément l'opinion française, et n'avait aucune chance d'être approuvée par le Parlement, le gouvernement a tenté loyalement d'atténuer les divergences de vues en élaborant des solutions de compromis, des solutions nettement françaises. Il a ensuite soumis aux puissances signataires les modifications correspondant à cet effort de conciliation. Il n'a pas été suivi par nos partenaires et amis européens réunis à la conférence de Bruxelles. Vous connaissez les faits, vous connaissez leurs causes et vous connaissez leurs conséquences actuelles. Mais aujourd'hui, la construction pacifique de l'Europe demeure parmi nos principales préoccupations : dans cette construction, la France détient des responsabilités, elle n'a ni besoin de les solliciter, ni possibilité de les fuir. Il est clair que l'Europe occidentale ne peut être organisée sans le concours de la France. Le rôle qui nous revient à cet égard ne se demande pas, ne se mendie pas comme une faveur ou une marque de sympathie. Nous ne le revendiquons pas non plus en vertu d'une créance que nous vaudraient nos sacrifices dans deux guerres pour la cause des peuples libres, car il est vrai que l'histoire souvent ingrate ne tient pas compte des mérites et que la diplomatie ne se fonde pas sur le passé. Non, la nécessité de notre concours est inscrite dans la géographie et, par là, elle s'impose nécessairement. Aucun plan valable ne s'établira donc sans nous et personne ne peut le contester sérieusement. Le chef du gouvernement a le devoir de le rappeler aujourd'hui sans détour. (...)

Il serait vain de vouloir aujourd'hui refaire l'histoire comme elle pourrait se présenter si notre politique autrefois avait été différente. Le temps, travaillant sans nous, a pris hypothèque sur nos décisions. Le problème allemand est posé maintenant en des termes précis, que nos alliés nous rappellent chaque jour sous une lumière qui ne nous permet ni d'ignorer l'interrogation qu'il comporte ni de l'esquiver par quelque faux-semblant de solution. Quelle sera donc notre réponse ?
Eh bien, je veux dire tout d'abord que notre réponse comporte avant tout l'affirmation d'une volonté sincère de réconciliation définitive entre la France et l'Allemagne. Oui, je veux le dire justement dans cette cérémonie qui commémore la lutte menée par les maquis contre l'Allemagne hitlérienne et devant les survivants de ces héros et les familles de ces martyrs. Au-delà de notre lutte de 1940 à 1945, que nous fussions dans les forces de l'Intérieur ou dans celles de la France Libre, rappelons-nous, ce n'est pas vers une autre lutte encore que nous souhaitons voir le pays s'engager après la Libération si chèrement acquise. Je le sais bien, il est des souvenirs cruels dont la raison souhaite un oubli, un oubli que la sensibilité refuse parfois. Mais l'avenir et surtout un avenir de paix ne se construit pas à partir des rancunes, même les plus justifiées. La réconciliation franco-allemande est une condition de la stabilité politique de l'Europe comme de son développement économique et social. C'est à la fois une nécessité pour la paix et pour le libre cours des activités productrices. Une compréhension loyale réelle, durable, entre la France et l'Allemagne, demande pour se réaliser pleinement autre chose qu'un tête-à-tête entre les deux nations. L'association doit être plus vaste. Elle doit comporter d'autres pays voisins près de nous par l'histoire, par les épreuves passées et par le coeur. Elle serait incomplète si, limitée au continent, elle ne comportait pas la Grande-Bretagne dont nous ne saurions pas nous dissocier. L'une des plus fortes objections qui aient été adressées à la C.E.D., c'est que, pour nous rapprocher de l'Allemagne, ce que nous voulons, elle nous éloignait de la Grande-Bretagne, ce que nous ne voulons pas.
La participation anglaise à la construction de l'Europe constitue donc un élément décisif du succès. Elle implique la recherche des formules acceptables par nos alliés britanniques. Cela n'est pas facile mais je tiens à vous dire que les entretiens les plus récents ont montré que c'est possible.
Cette participation est indispensable en outre pour dissiper toute prévention et pour créer un climat de pleine confiance. Et la confiance résultera en particulier d'un accord entre Européens sur l'organisation d'un système efficace de limitation stricte et de contrôle sévère et égal des armements, élément essentiel de toute construction pacifique sur le continent européen. (...)

Mais, et il est important que chacun le sache en France et hors de France, les problèmes militaires ne sont qu'un aspect de la question européenne ; ils ne sont pas de loin l'aspect le plus intéressant, le plus important à nos yeux. Si on a tant parlé d'eux, ces derniers temps, au point d'identifier, dans l'opinion, la construction européenne à celle d'un système militaire, on ne saurait oublier les perspectives qu'ouvre une coopération étroite entre les nations de l'Europe dans tous les domaines de l'activité pacifique.
Dans le domaine économique d'abord ; les avantages d'un élargissement des marchés nationaux ne sont plus à démontrer ; sous peu nous prendrons des mesures constructives dans ce sens. Mais nous retrouverons alors un problème bien connu, celui de l'alignement nécessaire des législations sociales ; cet alignement serait à l'avantage commun, et il permettrait à la France d'aborder une concurrence salubre sans être pénalisée pour des progrès sociaux qu'elle a réalisés avant d'autres et qui pèsent trop souvent sur nos prix de revient. Ici encore une coopération étroite des pays européens doit être le facteur d'un progrès effectif et rapide. (...) "
 
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