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 PRG : Joëlle DUSSEAU: La Laïcité au XXIème siècle
        Posted by benoit on 9/9/2003 18:53:41 (1397 reads)
« Je veux vivre dans un monde où il n’y aura plus d’excommuniés. Je n’excommunierai personne (…). Je veux vivre dans un monde où les êtres seront seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédé par une règle, par un mot, par une étiquette. Je veux que dans l’immense majorité, la seule majorité, tout le monde puisse parler, écrire, lire, écouter, s’épanouir. »

Pablo Neruda

Le débat sur la future constitution européenne et la montée des intégrismes (dont le débat sur le voile n’est qu’un aspect) ont relancé un débat plus large, celui de la laïcité. Ainsi, Jacques Chirac a installé le 03 juillet 2003 une "Commission de réflexion sur l'application du principe de laïcité" présidée par Bernard Stasi.

Certains souhaitent aujourd’hui engager une réflexion globale dans la société pour la « refondation de la laïcité », comme le MEDEF a lancé la refondation sociale (sic). Pourtant, la République Laïque, telle qu’elle fut organisée par les Radicaux il y a plus d’un siècle, reste le seul modèle politique qui garantisse vraiment l’égalité des chances et la solidarité entre les citoyens. Mais, pour cela, il nous faut revenir à des institutions véritablement républicaines. C’est pourquoi, sur une question aussi essentielle pour la République, le PRG doit être partie prenante dans le débat qui va agiter le pays. Celui-ci doit nous conduire à rappeler ce qui fait la pertinence du modèle laïque français face aux menaces qui pèsent aujourd’hui sur les valeurs de liberté, d’universalisme et d’égalité.

A la révolution française, la France a été la première à ouvrir une brèche dans l’ordre politique ancien fondé sur le principe de la Religion d’Etat : « cujus regio, ejus religio ». En effet, l’article X de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen adopté par l’Assemblée constituante le 26 août 1789 stipule que « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions même religieuses ». Ce texte opère une rupture historique et politique. Désormais, tous les Français, quelle que soit leur religion, sont égaux face à la loi. Aucun régime ne reviendra en France sur ce principe, sauf le régime de Vichy avec sa politique discriminatoire vis-à-vis des Juifs. Toutefois, même si cet article de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen a ouvert en France un chapitre nouveau des relations entre Etat et religion, il ne fonde pas la laïcité.

L’instauration par l’Assemblée législative d’un état civil fait franchir à la sécularisation de la société un grand pas : les registres d’état civil remplacent les registres paroissiaux, ce n’est plus le baptême qui marque l’entrée dans la société, mais la déclaration faite à la mairie.

Il en est de même pour le mariage. La société commence donc à vivre une vie distincte de la vie religieuse ! Cet état d’esprit favorable à l’émancipation des individus qui se retrouve plus tard au cœur de la pensée radicale trouve un prolongement dans l’instauration du divorce : c’est la première fois qu’est légalisé un comportement contraire à la tradition religieuse, la loi civile entre en contradiction avec la loi religieuse (1792, puis 1884 et enfin 1975).

En 1882, le ministre de l’instruction publique, Jules Ferry fait voter les lois qui instituent l’instruction primaire gratuite et obligatoire. L’un des objectifs de ces lois fut de réduire l’influence de l’Eglise catholique sur l’enseignement. La laïcisation de l’enseignement, dont la nécessité apparaissait déjà chez Condorcet en 1789, était enfin mise en œuvre.

Cette démarche trouve son aboutissement dans la loi de 1905 sur la séparation de des Eglises et de l’Etat. Enfin, en 1946, l’article premier de la Constitution de la IVe République affirme : « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. » La France a été ainsi le pays qui a porté le plus loin le processus de sécularisation jusqu’à rompre toute relation entre le fait religieux et l’ordre politique.

D’ailleurs, la tradition catholique s’est longtemps opposée aux Républicains. La laïcisation de la société française obéit ainsi à une logique rigoureuse qui conduit à l’instauration de l’Etat libéral et laïque car l’extrémisme religieux peut devenir en permanence une menace pour les principes et les valeurs de la société moderne. La montée des intégrismes et le développement des sectes en France et en Europe font de la question laïque une question d’actualité. L’Etat a le devoir de combattre l’influence de ceux qui encouragent la montée des communautarismes ou des sectarismes, car ils se croient fondés à se prévaloir de droits particuliers ou à s’exonérer des devoirs qui s’imposent à tous au motif de leurs croyances. La République ne peut accepter la « communautarisation » de la société car celle-ci contrevient au principe d’universalisme qui est à la base de l’égalité républicaine.

Mais la société française a changé depuis la loi de séparation des Eglises et de l’Etat. Certains se demandent donc si la laïcité ne devrait pas s’adapter à cette évolution alors que c’est le refus ferme de reconnaître les communautés, quelles qu’elles soient, qui a préservé depuis un siècle le modèle républicain d’intégration.

La laïcité reste donc un aspect essentiel de notre pacte républicain. Elle est le socle qui permet en France de concilier Liberté et Egalité. En effet, la laïcité appartient à l’Universalisme républicain. Celui-ci unit tous les êtres humains par delà leurs différences de sexe, d'ethnie, de religion dans le concept d’humanité.

C’est pourquoi, le Républicain se reconnaît dans l’autre quelles que soient les différences qui les séparent car l’autre est humain ! La laïcité a donc un rôle fondamental dans cette vision de l’autre, en effet, elle doit permettre de désigner avec précision les limites entre l’espace public et l’espace privé. Ainsi elle garantit à chacun ses libertés individuelles, car nul n’est fondé à juger les pratiques privées d’autrui.

D’ailleurs, le relativisme culturel qui a marqué les années 80 eu de funestes conséquences pour les Africaines de France, la République fermant les yeux sur des pratiques absolument contraire à ses lois (excision, polygamie, etc.) au nom de la tolérance et du respect des différences. La tolérance ne doit pas nous conduire à accepter l’inacceptable, la laïcité en instituant la neutralité de l’Etat et la supériorité de la Loi de la République nous donne les armes qui permettent de sauvegarder la notion d’Universel et de préserver l’égalité des droits de tous. Ainsi à partir du moment où une doctrine remet en cause la notion d’égalité portée par la République et en particulier dit que la femme est inférieure à l’homme, comme le font les intégrismes religieux, de nombreuses sectes et trop de traditions, elle doit être combattue au nom de la loi commune.

C’est pourquoi il faut lutter contre le voile à l’école, par exemple, car l’égalité et la liberté de chacun et de chacune sont mieux défendues par la loi universelle qui s’impose à tous que par les traditions particulières de chacun. Et il ne faut pas oublier, comme le rappelait Jean-Michel Baylet dans son discours du 20 juin 2001 à l’occasion du centenaire du Radicalisme, que « la laïcité est aussi – et on l’oublie trop ! – le principe de la neutralité de l’Etat face aux intérêts particuliers et contradictoires, de la société civile ».

Les contempteurs du relativisme culturel et les défenseurs des droits des communautés, quelles qu’elles soient, tentent de substituer l’idée de Cosmopolitisme à celle d’Universalisme. Ce faisant, ils mettent en danger notre pacte républicain car l’autre ne se définit plus comme un individu membre de l’humanité mais comme un membre d’une communauté avec des droits et des devoirs qui lui sont propres de par son appartenance à une communauté particulière. Les liens de solidarités entre les citoyens, forgés par l’idée de fraternité, se trouvent ainsi brisés et la société atomisée en communautés devient indifférente à l’intérêt général.

C’est alors ajouter au déterminisme social un déterminisme culturel et religieux qui retireraient à l’individu toute liberté. C’est parce que nous ne pouvons pas nier aujourd’hui que chacun possède de multiples identités : municipale, régionale, culturelle, religieuse, politique, associative héritées ou choisies, qu’on ne peut accepter que l’individu soit définit par une seule de ces identités, imposée par le pression sociale, et non par ce qu’il choisit d’être. Le danger du cosmopolitisme, qui accompagne le communautarisme, c’est de voir l’individu enfermé dans ses « origines », c’est de faire de l’appartenance à la Nation française un aspect second de l’identité de chacun car le communautarisme est une idéologie d’exclusion, exclusion de celui qui est différent, exclusion de celui qui n’accepte pas de se soumettre. C’est un système tyrannique qui ne peut que conduire à l’intolérance, au tribalisme et au racisme, et finalement mettre fin au modèle républicain d’intégration dont les difficultés ont été concomitantes de la démission de l’Etat dans les banlieues et de la remise en cause de l’idéal Universel de la République.

La laïcité impose à tous le respect des Lois communes et n’autorise personne à réclamer pour lui ou pour sa « communauté » des droits dérogatoires du droit commun. C’est ainsi qu’elle garantit les libertés individuelles de chacun et laisse l’individu maître de son destin. Et nous, Radicaux, devons veiller à ce que tous profitent de ses vertus si nous ne voulons pas qu’elle soit le privilège de quelques uns seulement. La contestation des principes républicains se nourrit des injustices de la vie de tous les jours, du racisme ordinaire et de la misère sociale qu’un trop grand nombre de nos concitoyens vivent au quotidien dans nos villes et dans
nos banlieues.

De plus, nous ne devons pas oublier qu’en Europe, nul autre pays que la France n’est allé aussi loin dans la voie de la laïcisation de l’Etat et de la société. Aujourd’hui l’élaboration d’une constitution européenne pose donc le problème de la place du religieux dans la future Europe politique. En effet, si aujourd’hui l’ensemble des sociétés européennes sont sécularisées, il n’en reste pas moins que les rapports entre l’Etat et les religions varient d’un pays à l’autre.

L’Eglise anglicane est la religion d’Etat du Royaume-Uni et le Parlement détient toujours le droit de légiférer en matière religieuse. Dans les royaumes scandinaves l’Eglise luthérienne est Eglise d’Etat et les citoyens en sont membre de droit à la naissance (citoyenneté et appartenance à l’église luthérienne sont donc inséparables). La Constitution espagnole garantit la liberté de religion. Mais le catholicisme est la religion prédominante et ses institutions sont officiellement subventionnées.

Ainsi le PPE (Parti Populaire Européen qui compte 232 députés venant des quinze États membres de l'Union européenne) d’inspiration démocrate-chrétienne, qui appartient au premier groupe politique du Parlement européen, a déjà exprimé son attachement aux « racines chrétienne de l’Europe » (qui est d’ailleurs l’une des raisons de son opposition à l’entrée de la Turquie dans l’UE).

On assiste donc à une alliance objective des religieux de tout bord pour réclamer une référence à la « tradition chrétienne » de l’Europe. L'archevêque Christodoulos, la plus haute figure de l'Eglise orthodoxe de Grèce, s'est insurgé contre l'absence de référence à Dieu ou à l'héritage chrétien européen dans le projet de constitution adopté par la Convention.

Jean Paul II a demandé solennellement que "figure une référence au patrimoine religieux et spécialement chrétien de l'Europe" dans la future constitution européenne.

Même si les tenants d’un ordre moral à base religieuse soulignent que toute référence à « l’héritage chrétien de l’Europe » doit se faire dans le respect de la laïcité des institutions, il n’en reste pas moins que cette référence constitue une menace pour la liberté. En effet, il n’échappe à personne qu’un nombre croissant de lois adoptées par les Parlements Nationaux ne sont que la transposition dans le droit national de directives européennes.

La démarche des tenants de « l’héritage chrétien » est la même que celle des régionalistes ou les groupes de pression (ie : la récente directive chocolat) qui espèrent contourner les institutions nationales par le haut en obtenant de l’Europe ce qu’ils ne peuvent pas obtenir dans leur pays.

Les radicaux doivent donc combattre résolument toute référence au fait religieux, en particulier chrétien, dans la future constitution européenne car celle-ci comporterait deux dangers : la remise en cohérence de la loi civile et des lois religieuses qui pourraient alors menacer les libertés individuelles (divorce, avortement, statut de la femme,…) et la fermeture de l’UE aux états musulmans (Turquie).

N’oublions pas qu’en Irlande et au Portugal l’avortement reste illégal et qu’au Royaume-Uni les jeunes filles peuvent aller à l’école voilées pour peu que le voile ait la même couleur que l’uniforme.

A l’échelle nationale, la laïcité est aussi combattue par les partisans d’une morale religieuse supérieure à la légalité civile. C’est bien entendu autour de l’enjeu scolaire que se cristallise aujourd’hui le combat réactionnaire contre la laïcité. En effet, deux systèmes
antagonistes s’affrontent : l’un fondé sur l’autoritarisme, la tradition et le dogme (le système religieux ou communautaire) et l’autre fondé sur l’esprit critique, la liberté et la volonté individuelle (le système démocratique et libéral).

Comme le constatait déjà Ferdinand Buisson, il est clair « que l’on ne fait pas un républicain comme on fait un catholique. […] toute l’éducation cléricale aboutit à ce commandement: croire et obéir, foi aveugle et obéissance passive [...] Il n'y a pas d'éducation libérale là où l’on ne met pas l’intelligence en face d’affirmations diverses, d’opinions contraires, en présence du pour et du contre, en lui disant : compare et choisis toi-même. » (discours au congrès radical de 1903).

L’école est un enjeu évident dans l’affrontement de ces deux systèmes, car les religions, les sectes etc. espèrent prendre une option sur l’avenir en s’insinuant dans l’éducation des enfants et des adolescents, alors que les Républicains conçoivent l’école comme le moyen d’émanciper l’intelligence et de former la démocratie.

Aujourd’hui, l’école est confrontée en particulier en France à la croissance d’un Islam prétendument identitaire et à une radicalisation croissante de sa pratique. Celui-ci entend lutter contre l’émancipation des individus en imposant ses codes à l’institution scolaire, par exemple : le port du voile par les jeunes filles. Cette position marque une fois encore la volonté des religieux intégristes d’obtenir un retour de la loi religieuse dans l’espace public en imposant aux individus des attitudes, des codes spécifiques et en remettant en question les libertés individuelles (égalité des sexes, liberté de conscience…).

On peut d’ailleurs constater que l’intégrisme est présent depuis longtemps dans les universités. Les étudiantes voilées se sont multipliées et parfois certains professeurs sont contraints de se censurer sous la pression des étudiants alors que l’Université est censée être le « temple » du savoir et de la liberté de penser.

Les Radicaux doivent donc combattre l’influence des religieux intégristes ou sectaire qu’ils soient Chrétiens, Musulmans, Juifs ou issus des sectes, partout où ils entendent imposer leurs règles de vie dans la société (école, travail, piscine etc.). Nous devons aussi veiller à ce que l’Etat assume ses responsabilités et ne cède rien sur les principes laïques qui fondent notre République. Si nous voulons défendre une République émancipatrice et combattre les communautarismes qui étouffent les individus.

Ainsi, il apparaît que le modèle laïque Français issu de la philosophie des Lumières et de la pensée libérale du XIXe siècle est essentiel. Il garantit la liberté de conscience de chacun et donne au citoyen les moyens de son émancipation morale et intellectuelle. Les Radicaux de Gauche, attachés aux valeurs républicaines et convaincus que le respect de la volonté individuelle peut permettre à chacun d’accéder au bonheur, doivent donc résolument s’engager pour la laïcité et défendre avec fermeté le respect de ses principes dans les institutions futures de l’Union Européenne et dans nos institutions nationales.

C’est pourquoi, il faut veiller avec vigilance à ce que la Constitution européenne ne soit pas le Cheval de Troie d’un ordre moral religieux, réactionnaire et revanchard. Il faudra aussi veiller, lorsque la révision de la loi d'orientation de l'éducation sera lancée, à préserver les principes de l’école laïque et pas uniquement les apparences de celle-ci !

Enfin, les radicaux devront occuper toute leur place dans le débat qui sera animé par « la commission de réflexion sur le principe de laïcité dans la République » lancée par le président de la République.
 
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