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 Discours : Discours de Bertrand DELANOË pour l'inauguration de l'Avenue MENDES FRANCE
        Posted by benoit on 27/1/2003 10:01:16 (921 reads)
Inauguration de l'Avenue Pierre Mendès France.
Samedi 25 janvier 2003.

Discours de Bertrand Delanoë - Maire de Paris

Chers Marie-Claire, Michel, Tristan et Margot Mendès France,
Madame et messieurs les Premiers Ministres,
Monsieur le Président de la Communauté Européenne,
Messieurs les Ministres,
Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et messieurs les élus,
Chers amis,

Paris honore enfin la mémoire d'une des personnalités les plus marquantes du 20ème siècle. Par ce geste, notre cité inscrit dans sa trame, le nom et le message de Pierre Mendès France. Ainsi, nous célébrons aujourd'hui la rencontre entre l'identité de Paris et les valeurs incarnées par Mendès.

Né dans notre ville en 1907, il est alors à l'aube d'un parcours singulier, dont l'héritage n'a cessé d'éclairer des générations.

Pierre Mendès France, c'est d'abord l'authenticité d'une démarche qui allie la puissance des engagements, la fidélité à des convictions, et la confiance dans l'intelligence des autres. De cette alchimie qui lui est très personnelle naît un rapport privilégié aux citoyens, dont rien ne pourra le détourner. En effet, Mendès conservera toujours ce sens du contact et du dialogue, noué dès son premier mandat parlementaire - dans l'Eure en 1932 - lorsqu'il fut le benjamin de la Chambre des députés.

Comment concevait-il son rôle? "avertir les citoyens d'une erreur (...) - disait-il - montrer les exigences de l'intérêt général et faire face à des mouvements nés de la passion ou d'une information incomplète (...)".

Tous ses écrits, tous ses actes reflêtent cette intention pédagogique, cette volonté d'emporter l'adhésion. Philosophie qui s'exprime par exemple dans les "causeries du samedi" qu'il inaugure dès 1944, en s'inspirant des "conversations au coin du feu" de Roosevelt, dont Mendès assume clairement l'influence culturelle.

Observer son parcours, c'est reconnaître un talent unique qui concilie appétit théorique et goût de l'action. Au fil de ses interventions, il livre avec finesse le diagnostic d'un pays et d'une époque: aucun sujet n'échappe à son analyse, exigeante et didactique. Sa passion pour l'économie, son désir de la transmettre, l'imposent comme l'un des plus brillants disciples de Keynes.

Mais surtout, la vérité est au coeur de son cheminement : elle est la source à laquelle il puise son énergie, elle est l'essence même du pacte qui le lie au peuple de France.

"L'élément fondamental du système démocratique, c'est la vérité" disait-il. Et il ajoutait: "s'il n'y a pas d'honnêteté de la part de ceux qui jouent un rôle dans le jeu des institutions, il ne peut y avoir de démocratie".

Et sur ce point essentiel, Mendès ne transigeait pas. Jamais. En 1936, il est le seul député à se prononcer contre la participation de la France aux Jeux de Berlin, organisés par le régime nazi.

Pendant la guerre, il fait partie des combattants de l'ombre, des militants de la liberté, aux côtés du général de Gaulle. Et en 1956, il préfère démissionner du gouvernement plutôt que de cautionner l'absence de volonté pour une solution politique en Algérie.

Peu d'acteurs politiques français ont porté avec autant de charisme et d'intelligence la voix de notre pays à travers la planète. "This guy is terrific !" s'exclama un jour Foster Dulles, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères d'Eisenhower.

Fascinante, en effet, l'acuité de son regard sur la marche du monde et sur son devenir, comme ce 22 novembre 1954, devant l'ONU - nous sommes en pleine guerre froide - quand Pierre Mendès France appelle à une redistribution équitable des ressources mondiales et prône l'émergence d'une véritable Europe de la défense.

Oui, Mendès France, c'est une autorité politique et morale sur la scène nationale et internationale, dont les prises de position vont réellement changer le cours des choses. Ce qui fera dire à François Mitterrand que Mendès "est entré vivant dans l'Histoire".

Comment ne pas évoquer ici sa déclaration d'investiture devant l'Assemblée, le 17 juin 1954? Avec gravité, il présente alors sa méthode pour régler le douloureux conflit indochinois.

Le mot "cessez le feu" est prononcé. Plus qu'un objectif, il s'agit d'un engagement que Pierre Mendès France prend devant la représentation nationale: "Nous sommes aujourd'hui le 17 juin, dit-il. Je me présenterai devant vous le 20 juillet et je vous rendrai compte des résultats obtenus. Si aucune solution satisfaisante n'a pu aboutir à cette date, vous serez libérés du contrat qui nous aura liés, et le gouvernement remettra sa démission (...)" .

C'est l'Homme d'Etat qui s'exprime. C'est l'Homme de paix qui s'apprête à agir. Et c'est le même qui prononcera quelques semaines plus tard le discours de Carthage, proclamant l'autonomie interne de la Tunisie.

Si les mots ont parfois quelque pouvoir sur la vie des hommes et sur leur destin collectif, nul doute que ceux là eurent un impact considérable. Près de cinquante ans plus tard, ils reflètent la formidable lucidité de leur auteur, artisan inspiré de rapports nouveaux avec le Sud.

Décolonisateur convaincu, tiers-mondiste avant l'heure, il fait montre, une fois de plus, d'une exceptionnelle clairvoyance: "l'avenir"disait-il "est à la coopération active de tous les peuples, dans une lutte commune contre la peur, la faim, la misère, contre tous les fléaux qui, à l'heure présente, accablent encore des centaines de millions d'êtres humains dans le monde".

Chacun garde en mémoire son combat pour tenter de mettre les pays en voie de développement à l'abri des fluctuations monétaires, en créant une devise internationale déconnectée de l'or.

Cette agilité intellectuelle, cette imagination fertile mêlant pragmatisme et générosité signent un parcours dont l'empreinte est aussi profonde que fût éphémère l'exercice du pouvoir.

DEs 1955, Pierre Mendès France est renversé. Selon le joli mot de Françoise Seligmann, son gouvernement laissera le souvenir d'un "miracle de courte durée".

Dans ses Mémoires, Charles de Gaulle évoque sept mois dominés par "l'ardeur, la valeur et la vigueur Mendès".

La force de ses convictions demeure néanmoins intacte. "Ce qui a été mis en marche"dit-il "ne s'arrêtera pas. Les hommes passent, les nécessités nationales demeurent". Paroles prophétiques, qui annoncent la victoire des "mendésistes"- même si je sais qu'il n'aimait pas cette notion - dès les élections de janvier 1956. Un nouveau non sens historique empêche pourtant Mendès France de retrouver le pouvoir. Comme le dit Mauriac "les virtuoses de l'erreur" ont encore frappé...

Mais que pouvaient-ils, ces tristes politiciens, contre le cheminement des idées, contre cette force irrésistible qui pénètre les consciences, ébranle les esprits et impose sa signature, celle du discernement, de l'éthique et de l'honneur?

L'Express naît de cette ambition politique et culturelle: Françoise Giroud et Jean-Jacques Servan-Schreiber symbolisent assurément cette grande aventure.

Aujourd'hui, porté par une voix dont le timbre résonne encore, le message de Mendès France continue de nous inspirer; de son apport précurseur au dialogue franco-allemand à son engagement inlassable en faveur de la paix au Proche Orient, son apport est immense. Oui, sa conscience demeure, ouvrant un chemin face aux doutes et aux complexités de l'époque.

Nous sommes Avenue Pierre Mendès France: dans ce quartier où s'épanouit la vie universitaire, là où Paris tente de concilier jeunesse, savoir, culture, ambition économique et lien social.

Nous puiserons de la force dans la noblesse de ces paroles qui lui ressemblent tant : "nous n'avons pas le droit de nous résigner, de renoncer à nous comprendre ou même simplement à nous parler.


 
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